C’est un véritable psychodrame digne des scripts de Hollywood qu’on vécu les délégués dans les dernières heures de la Conférence de Bali . La tension avait beaucoup monté entre l’Amérique et ses alliés d’un coté et l’Europe et ses alliés de l’autre. L’heure ultime pour arriver à un accord etait passée et avait due être prolongée. Le Secrétaire Général des Nations Unies implorait les intervenants de se mettre d’accord sur un compromis ; Paula Dobriansky, chef de la délégation américaine avait été huée ; Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la Convention des Nations Unies sur le Climat et responsable de la Conférence avait éclaté en sanglots et avait dû être accompagné hors de la salle. C’était l’impasse totale ; la planète courait à la ruine ….et qui allait la sauver ?
Comme dans les histoires, un type modeste, bien sûr …En l’occurrence Kevin Conrad, délégué de Papouasie-Nouvelle-Guinée, pays pauvre mais beau condamné à disparaître sous les vagues si les grands de ce monde ne font rien… Il se pencha sur son micro et le visage envahi par l’émotion, prit la parole : » Si pour une raison quelconque, vous ne désirez pas mener le combat, « dit-il faisant référence à un commentaire assez arrogant fait par un des délégués Américains sur le leadership, « eh bien laissez nous faire. S’il vous plait, allez-vous en » La salle s’écroula sous les applaudissements. Quelques minutes plus tard, Madame Dobriansky s’effondra d’émotion « « Nous voulons aller de l’avant, annonça-t-elle et nous nous joignons au consensus ». Grands soupirs de soulagement , cris de joie dans la salle : la Planète était sauvée. C’était, reconnaissait tout un chacun, un accord historique…..
Malheureusement , le fond même de l’accord est loin d’être à la hauteur de la
belle histoire. Le seul résultat tangible de la Conférence de Bali a été la décision d’établir un projet pilote afin d’étudier comment mettre un coup d’arrêt à la déforestation tropicale .A part cela, la conférence avec ses 15,000 délégués, activistes et journalistes a coûté beaucoup d’argent , de carbone et d’énergie politique et n’a rien produit si ce n’est une vague déclaration de bonnes intentions dont l’Amérique s’est assurée que toute substance avait été soigneusement gommée. Le protocole de Kyoto expire en 2012 et un accord international doit être impérativement signé pour le remplacer Mais il est évident que les négociations tourneront dans le vide jusqu’en 2009, date à laquelle il y aura sans doute une nouvelle Administration qui prendra plus au sérieux le changement climatique. (The Economist – Decembre 2007)
Le Herald Tribune du 14 Décembre titrait en grand titre sur sa première page « L’amertume est grande, vis à vis des Etats Unis sur la question du climat – L’Union Européenne brandit la menace de boycott – Al Gore déclare ‘mon propre pays bloque toute avancée ‘.
Nusa Dua Indonésie. – A la Conférence des Nations Unies sur le réchauffement climatique, l’Union Européenne, très mécontente de la position américaine et des négociations dans l’impasse ,a menacé, jeudi de boycotter les rencontres séparées qui vont avoir lieu aux Etats-Unis, le mois prochain.
L’amertume grandissante entre l’Union et les Etats-Unis, pouvait être résumée par la déclaration d’Al Gore, « c’est mon propre pays, les Etats-Unis, qui est le grand responsable et empêche tout progrès ici à Bali’’ :’
En arrivant à la Conférence directement de Norvège ou il avait reçu le Prix
Nobel de la Paix , il a fortement encouragé les délégués à proposer un accord ouvert , qui pourrait être renforcé une fois que l’administration Bush ne serait plus au pouvoir. ‘’ D’ici deux ans a-t-il déclaré, fortement applaudi, les Etats-Unis auront une position qui sera bien éloignée de leur position actuelle. Il faut que vous anticipiez ces changements.’’